Défense de la langue provençale

Les Associations régionales de Cannes et sa région : 

  • Escolo de Lerin
  • Académie provençale
  • Association Moulin Forville - Victor Tuby
  • La Provence en Héritage

écrivent au Recteur de l'Académie de Nice.


Mistral, aubora-ti, son totei venguts fòls

Ci-dessous des extraits des quatre lettres adressées au Recteur

Un mistral violent souffle sur la Provence
Les femmes sont en colère aux portes des moulins
Des rives de la Siagne jusqu’au delta du Rhône
Le temps s'est écoulé, il a passé pour rien,
Puisque personne ne s’intéresse à nous,
Mistral, relève-toi, ils sont devenus fous.
pcc/Michel Sardou & Pierre Delanoë
Na marrida mistralada bufa sus Provença
Lei fremas enrabiadas ai pòrtas dei molins
Dei ribas de Sianha fins qu’au delta dau Ròse
S’es debanat lo temps, a passat per par ren.
Dau moment que degun s’interessa a’n nautrei,
Mistral, aubora-ti, son totei venguts fòls.
(graphie classique)
No marrido mistralado bufo sus Prouvènço
Lei fremo enrabiado ai pouarto dei moulin
Dei ribo de Siagno fin qu’au delta dóu Rose
S’es debana lou tèms, a passa pèr pas rèn.
Dóu moument que degun s’interesso en nautrei,
Mistral, aubouro-ti, soun tóutei vengu foual.
(graphie mistralienne)

Cannes le 24 septembre 2004

Monsieur le Recteur,

Nous apprenons avec surprise que les services rectoraux ne permettent pas de reprendre le seul enseignement de provençal du bassin cannois (option provençal au lycée Carnot).
Cet enseignement avait été assuré ces deux dernière années et permettait, à notre plus grande satisfaction, à de nombreux élèves de le présenter au baccalauréat.

L’enseignant de langues régionales, le seul sur la ville de Cannes (et sur tout le bassin cannois) est affecté ailleurs, sur un service de français. Or, cet enseignant est professeur certifié d’occitan langue d’oc. Cet état de chose nous révolte.

Quelles que soient les questions de gestion administrative des enseignements qui se posent, la transmission de la langue d’oc est pour nous (et nous comptons environ 500 membres) absolument majeure.

L’institution n’a-t-elle pas le devoir de proposer une diversité de langues sur un bassin d’enseignement ? A Cannes, il semblerait qu’il y ait un problème de reconnaissance ou d’identification des heures d’enseignement du provençal, tant dans les Lycées ou les Collèges, que dans les classes élémentaires.

Comment se fait-il qu’avec des effectifs conséquents, le provençal n’ait pas la reconnaissance administrative pleine et entière dont bénéficient les autres enseignements optionnels des établissements du secteur ? Comptez-vous influer de manière positive afin que l’enseignement provençal du Lycée Carnot de Cannes puisse perdurer ?

Notre association, considère l’apprentissage d’une langue régionale quelle qu’elle soit, comme une priorité patrimoniale et culturelle. 
Il nous semble donc qu’il est du DEVOIR de l’académie de pourvoir à ses besoins en français sans faire appel au SEUL professeur de Langues et Cultures Régionales du secteur.

C’est pour cela que nous avons l’honneur de vous demander de bien vouloir maintenir les cours de provençal au sein du Lycée Carnot de Cannes.

Pour votre information, sachez que les associations traditionnelles provençales se sont groupées en Juin 2004, pour remettre des diplômes aux élèves du cours de provençal du Lycée Carnot. 
Cette remise de prix a eu lieu à l’intérieur du Moulin-Forville, futur Musée des arts et traditions de la Ville de Cannes, qui verra le jour d’ici deux ans.

De nombreux professeurs du Lycée Carnot, parents d’élèves et élèves, ainsi qu’un représentant du député-maire de Cannes assistaient à cette cérémonie, où l’on a pu constater l’intégration par cette voie d’élèves issus de la 2nde génération de l’immigration à côté d’élèves de souche provençale, etc..

Les prix offerts par ces associations (par exemple Mireille de Frédéric Mistral dont on fêtait le centenaire de son Prix Nobel de littérature), sont autant de preuves de l’attachement des Ecoles Félibréennes à leurs traditions du terroir.

Les médias ont largement couvert l’événement se faisant l’écho de l’intérêt des cannois à l’enseignement de la « lengo nostro », qu’elle soit pour eux langue des racines ou langue de l’enracinement dans notre région. Certains de nos membres, parents et grands parents d’élèves au lycée Carnot ont été ravis de la qualité de l’enseignement apporté à leurs enfants ou petits-enfants. 

Nos associations pouvaient donc à juste titre penser que l’enseignement de la langue provençale à Cannes allait rester une réalité quotidienne, d’autant que les élèves sont là !

Et c’est bien au Lycée Carnot de Cannes, que la première application de la loi Deixonne de 1951, qui permettait enfin l'enseignement des langues régionales au lycée dans les Alpes-Maritimes, fut matérialisée par André Compan, majoral du Félibrige, et nous aimerions que l’administration actuelle du Lycée Carnot fasse mieux connaître cette option qui s’offre encore aux élèves.

Nous vous faisons même remarquer que les lycées du département ont été dotés du dictionnaire français-provençal de Coupié !!! alors que la menace pèse sur l’enseignement lui-même !!! Où est donc la cohérence dans tout cela ?

Par la présente, nous tenons à vous faire connaître notre réel mécontentement et notre totale incompréhension face à ce grave problème, d’autant qu’AUCUN effort n’est fait par les services ni du rectorat, ni de l’inspection académique pour l’information des élèves et des parents, des directeurs de l’enseignement élémentaire ni des chefs d’établissements pour l’ouverture (ou la réouverture après les départs non remplacés de M. Combes, professeur de provençal au lycée Bristol) de sections ou simplement d’heures de provençal (alors que de nombreux textes en prévoient la possibilité).

Ne pourrait-on pas missionner une personne de l’Education Nationale pour coordonner la mise en place, le développement et la pérennisation de l’enseignement de la langue d’oc dans l’ouest des Alpes-Maritimes ? La présence dans notre bassin de nombreuses associations vivantes et dynamiques, dans leurs diversités (musique traditionnelle, théâtre, patrimoine mobilier et architectural, etc..) offre de grandes possibilités de partenariat culturel et d’animations avec l’Education Nationale, dans le cadre d’un enseignement réglementaire de l’occitan – langue d’oc (provençal) dans nos collèges et lycées.

Nous vous demandons de bien vouloir nous éclairer sur la suite que vous comptez donner à notre demande.

En espérant une réponse rapide de votre part, nous vous prions, Monsieur le Recteur, d’agréer nos sincères salutations.